Voiture électrique: nous ferons-nous damer le pion par les États-uniens?

Voilà que j'apprends ce matin que le gouvernement ontarien offrira jusqu'à 10k$ pour l'achat de véhicules verts. On en parle ici aussi. Ce n'est pas fou d'orienter la consommation plutôt que d'influer directement sur les efforts de recherche et développement. Si les consommateurs sont au rendez-vous, la R&D suivra le marché. Approche market pull plutôt que technology push... peut-être la seule vraiment efficace dans un contexte de commodité.

Je ne sais pas à combien ça montera au total par année pour le gouvernement ontarien. 10k$ n'est pas astronomique mais s'il n'y a que 1000 personnes qui s'en prévalent, c'est quand même 10M$. Encore ici, ce n'est pas astronomique mais c'est substantiellement plus que ce qu'on fait au Québec, à ma connaissance (et, svp, laissez-moi savoir si je suis dans l'erreur).

Il y a un peu plus d'un an, les cours de l'essence à la pompe atteignaient des niveaux sans précédents. Dans une discussion de couloir avec le professeur Jacques Beauvais, vice-recteur à la recherche de l'Université de Sherbrooke, je lui exprimais mon incompréhension devant le fait que le Québec n'est absolument pas un leader dans le domaine du véhicule électrique malgré nos réserves hydroélectriques renouvelables uniques au monde. Je lui disais que c'était grâce à la vision des politiciens des années 60 et 70 si le Québec se retrouve aujourd'hui dans une situation énergétique qui fait l'envie de tous sur la planète. "À mon avis, le temps est venu pour le gouvernement québécois de montrer une vision forte qui permettra au Québec de s'affranchir au maximum du pétrole en tirant profit de notre potentiel énergétique renouvelable." lui dis-je, pensant qu'il était temps de faire passer le Québec dans une nouvelle ère.

Ce que j'avais en tête, c'est la mise en oeuvre d'une action gouvernementale qui stimule à la fois notre industrie et nos institutions d'enseignement supérieur pour le démarrage de projets de recherche et développement visant, par le développement de l'industrie du véhicule électrique au Québec, d'abord un affranchissement par rapport au pétrole puis une exportation en Amérique du Nord de notre énergie électrique renouvelable et une exportation à l'échelle mondiale de notre savoir-faire. J'attends encore.

Cette année à l'Université de Sherbrooke, nous avons décidé de prendre le taureau par les cornes avec le projet Phoebus. Nous avons démarré un effort facultaire où, dans un premier temps, 31 étudiants de génie mécanique et de génie électrique en dernière année de baccalauréat, des presqu'ingénieurs, s'affairent à mettre au point un véhicule électrique adapté aux conditions hivernales canadiennes. L'objectif est de réaliser une traversée du Canada en hiver (avec plusieurs recharges bien sûr!). Et, dans un deuxième temps, ... hum ... c'est trop tôt pour moi pour écrire à ce sujet.

Bref, le projet Phoebus est notre façon de prendre le leadership dans le domaine du véhicule électrique. Ces 31 ingénieurs que nous formons sur ce sujet sont les ingénieurs qui porteront cette industrie sur leurs épaules dans quelques années. SVP, si vous pouvez aider l'équipe pour le financement du projet, n'hésitez pas à entrer en contact avec moi et je pourrai vous mettre en touche avec les personnes responsables qui vous présenteront le dossier de commandite du projet. Les universités au Québec sont sous-financées, alors on fait comme on peut - on va vendre du chocolat s'il le faut.

Et voilà que les États-uniens injectent massivement de l'argent pour sauver leur industrie automobile. Obama n'est pas fou et ce n'est pas seulement pour sauver des emplois qu'il agit ainsi. L'industrie automobile a le mandat de se renouveler technologiquement et ça passe par le véhicule électrique. Il y a une drôle de conjoncture actuellement aux États-Unis. D'une part, les capitalissses qui ne croient pas du tout à cette histoire de réchauffement climatique voient quand même l'avenir dans le véhicule électrique puisque cela permet aux États-Unis de s'affranchir du pétrole venant de l'extérieur du pays. D'autre part, les environnementalissses qui eux croient à cette histoire de réchauffement climatique pensent que le véhicule électrique fait partie des éléments de solution pour sauver la planète (J'ai toujours pensé que c'était hypocrite de vouloir sauver la planète puisque, dans le fond, c'est l'humanité qu'on veut sauver, la planète étant bien capable de se débarasser de nous si on abuse - c'est un autre sujet.). Quelle belle conjoncture pour le véhicule électrique aux États-Unis!

Et vous voulez que je vous dise? Je pense que nous allons nous faire damer le pion par les États-uniens dans le domaine du véhicule électrique. À mon humble avis, c'est dans les années 90 qu'il fallait développer la vision et agir. Aujourd'hui, nos actions seront des actions de rattrapage, nos actions seront des réactions. On va arriver à faire quelque chose de bien, mais ça ne sera pas collectivement excellent... ça ne peut déjà plus être excellent. Je serai très heureux de m'être trompé! Allez, chère équipe Phoebus, faites-moi mentir!

Billet publié le mercredi 15 juillet 2009, sous la rubrique Énergie électrique.